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1211 |
LE 1er JOUR DE L'AN.
- Les chinois d'après une vieille et respectable tradition, inventée par un confiseur, ne manquent jamais de commencer l'année en allant offrir à toutes leurs connaissances des marrons et des compliments également glacés. On s'embrasse du bout des lèvres, sauf ensuite à se déchirer à belles dents. Rien qu'à Pékin, il se consomme en ce jour mémorable, 300'000 kilogrammes de bonbons, et 290'000 bons-hommes en pain d'épice, aussi le 2 janvier tous les petits chinois ont-ils la colique. Mais n'importe, l'année suivante on les rebourre des mêmes choses coliquifiantes, toujours sous le prétexte de remplir le plus sain des devoirs!... |
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1212 |
UN COLÉOPTÈRE CHINOIS.
Dans presque toutes les maisons de Pékin on trouve au rez-de chaussée, dans une espèce de niche, un homme ou plutôt, un dogue qui a pour mission spéciale d'empêcher les caniches d'entrer et les paquets de sortir, excepté bien entendu quand ce paquet est l'épouse du propriétaire de l'immeuble. Ce fonctionnaire ordinairement vieux mais fort désagréable, ne répond jamais quand on lui adresse la parole. Son nom est portier, mot qu'il écrit concierge, et qu'il se plait à prononcer suisse, mais plus ordinairement on le qualifie de clôporte. |
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1213 |
LES SPECTACLES A PÉKIN.
L'amour du spectacle est poussé jusqu'à la frénésie à Pékin, et chose singulière dans toutes les pièces de théatre il s'agit toujours uniquement de savoir si Mr. Alfred épousera Mlle. Joséphine. - Rien ne prouve mieux l'hébétement produit chez Les Chinois par l'opium, car ils ne se doutent seulement pas qu'ils voyent éternellement jouer la même chose: et chaque jour ils vont faire queue pendant plusieurs heures à la porte de différens théâtres, tellement ils craignent que Mlle. Joséphine se laisse épouser par Mr. Oscar sans qu'ils assistent à cette touchante cérémonie! |
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1214 |
LES PLAISIRS DU CARNAVAL.
Pendant trois jours de l'année, qu'ils nomment gras, nous ne savons trop pourquoi, les chinois éprouvent un grand charme à se couvrir des plus sales oripeaux qu'ils peuvent trouver, puis dans ce costume ils parcourent les rues de Pékin en criant ohé, ohé, mot chinois très spirituel mais dont nous ignorons complètement le sens.
Quand par hasard ils cessent de crier ohé, c'est pour tenir une foule de propos qui feraient rougir des sauvages des îles Marquises, mais que les dames et demoiselles de Pékin écoutent sans le moindre scrupule, vu leur civilisation beaucoup plus avancée. |
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1215 |
LES MENDIANS.
La mendicité est formellement interdite à Pékin Nankin et autres chefs-lieux de cantons, mais les indigènes se livrent parfaitement à cette lucrative industrie en se munissant de certains petits ustensiles approuvés par le gouvernement. Ainsi une serinette tournée par un gros gaillard bien nourri et jouant perpétuellement l'air "Vive le vin, l'amour et le tabac" est un signe de profonde détresse! une botte d'allumettes indique clairement que la personne qui la porte souffre beaucoup, et un mendiant qui tient absolument à tirer les larmes des yeux des passans leur fourre sous le nez une botte d'oignons. |
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1216 |
UN MAGASIN DE MODES.
Un beau matin, une foule de femmes se sont avisées en Chine, de revendiquer les droits de l'homme, et aussitôt bon nombre d'hommes ont profité de l'occasion pour usurper les emplois de la femme. - Dans la capitale de l'Empire surtout, on ne voit plus que Chemisiers, Modistes mâles, Couturiers pour robes etc. etc., à Pékin on s'est déjà quelque peu fait à ces usages et à ces visages saugrenus, mais les étrangers qui entrent dans ces singuliers magasins, ne peuvent s'empêcher de s'écrier: ah! quels drôles de chinois! |
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1217 |
DES AUTEURS LÉGERS.
On croit généralement en Europe que les vaudevilles des théâtres de Pékin, sont gaiment confectionnés par de jeunes auteurs qui improvisent une pièce en déjeunant et en sablant du Champagne. Le fait est que ces ouvrages sont presque toujours dus à des personnages assez vieux, mais fort sérieux qui cherchent des folies ou ce qu'ils nomment en chinois des ka-lem-bourgs, avec l'air de gens qui rumineraient les projets les plus sinistres. Pour faire la plus petite pièce, ils se mettent à trois, il est vrai que pour la défaire les spectateurs se mettent bien à huit cents. |
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1219 |
UN CRIME IMPARDONNABLE.
Les législateurs chinois, eminemment philantropes, ont montré la plus touchante sollicitude pour le gibier en général, et ils ont été touchés des malheurs de la bécasse en particulier, comme si ça les regardait personnellement. En conséquence tout chinois qui tue un moineau, même en cas de légitime défense, est chargé de fers et condamné à une peine très sévère à moins qu'il ne prouve qu'il avait la permission du mandarin de la commune, du propriétaire du champ, du brigadier de gendarmerie, et du moineau lui-même!
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LE CODE PÉNAL.
Les législateurs Chinois ont decreté que tous les accusés comparaîtraient librement devant leurs juges, aussi ne les conduit-on devant le magistrat instructeur qu'entre deux gendarmes et garrottés de menottes, ce qui en fait de liberté ne leur laisse guère que celle d'éternuer. De plus la justice se rend avec tant de promptitude dans le céleste empire qu'il est bien rare qu'un prévenu reste plus de huit mois à attendre son jugement, enfin arrive le jour solennel où il se voit condamner à quinze jours de prison, et le mandarin toqué a la bonté de lui expliquer que ces quinze jours ne se confondent pas avec les huit mois qu'il a déjà passé sous les verroux. |
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1220 |
MANIÈRE CHINOISE
DE NETTOYER LES RUES ET DE SALIR LES PASSANS. |
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1221 |
C'est singulier comme ce miroir m'aplatit la taille et me maigrit la poitrine! ... Que m'importe?... Mme. de Staël et Mr. de Buffon l'ont proclamé... le génie n'a point de sexe. |
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1222 |
Dis donc... mon mari... j'ai bien envie d'appeler mon drame Arthur et d'intituler mon enfant Oscar!... mais non... toute réflexion faite, je ne déciderai rien avant d'avoir consulté mon collaborateur!... |
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1223 |
Adieu, mon cher, je vais chez mes éditeurs;... je ne rentrerai probablement que fort tard... ne manquez pas de donner encore deux fois la bouillie à Dodore... s'il a besoin... d'autre chose... vous trouverez ça sous le lit... |
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1224 |
Au revoir, Ophélia!... ne manquez pas de venir mardi soir... c'est une réunion littéraire en petit comité... nous lirons des élégies et nous ferons du bischoff!... |
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1225 |
- Dis donc, Bichette..... à quoi songes-tu donc de te promener comme ça la nuit?... est-ce que t'es somnambule, ou bien, est-ce que t'as la colique?....
- Non... je cherche un moyen neuf de tuer un mari.... je ne me recouche pas que je n'ai trouvé mon moyen!.... il me le faut pour terminer mon roman!....
- Saperlotte! pourvu qu'elle ne l'essaye pas sur moi!..... |
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1226 |
- Messieurs, je viens offrir à votre journal, un roman-feuilleton qui, je crois, lui conviendra parfaitement! ... il a pour titre Eloa, ou huit jours de bonheur intime..... la première partie formera dix ou douze volumes.... à la manière d'Eugène Sue!...
- Pardon madame!... mais ceci me paraît effrayant! .... à ce compte-là vos huit jours dureront trois ans! |
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1227 |
La mère est dans le feu de la composition, l'enfant est dans l'eau de la baignoire! |
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1228 |
O Lune!... inspire-moi ce soir quelque petite pensée un peu grandiose!... car je t'aime ainsi, lorsque tu me présentes en entier ta face pâle et mélancolique!... mais, ô Lune, je t'affectionne moins lorsque tu m'apparais sous la forme d'un croissant.... parce que alors tu me rappelles tout bonnement mon mari!... |
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1229 |
- Madame, comment trouvez- vous cette cigarette?...
- C'est bien fadasse... et bon tout au plus pour des femmes d'agens de change en goguette!... quant à moi, je n'aime que les plus gros cigarres du plus Gros-Caillou possible..... du reste je compose en ce moment un sonnet sur le tabac caporal..... je le publierai dans un volume intitulé: Fumées de ma pipe. |
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1230 |
Allons!... on n'a pas encore rendu compte de mon roman aujourd'hui!... ces journalistes s'occupent maintenant tous les matins des Lièvres... des Perdreaux... des Bécasses!... et ils ne pensent pas à moi... c'est inconcevable!... |
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1231 |
Emportez donc ça plus loin... il est impossible de travailler au milieu d'un vacarme pareil.. allez vous promener à la petite provence, et en revenant achetez de nouveaux biberons passage Choiseul!... Ah! Mr. Cabassol c'est votre premier enfant, mais je vous jure que ce sera votre dernier! |
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